La Pommerie est un centre naturiste familial qui existe depuis plus de 40 ans.

Tel qu’il se pratique à la Pommerie, le naturisme est une manière de vivre caractérisée par la nudité en commun, garante du respect de soi-même, de celui des autres, et de soin pour l’environnement. C’est un lieu de détente qui permet de se régénérer loin du stress urbain.

Dans ce havre de repos on se sent en sécurité, car le don visuel réciproque de la nudité suscite une réserve naturelle et une confiance en l’autre avec qui l’on partage des valeurs, une démarche d’acceptation de soi-même, une même vulnérabilité et un même bonheur simple de se réconcilier avec les agents naturels.

À la Pommerie, la musique et la radio sont inaudibles dans l’entourage immédiat. Aucun haut-parleur ne vient troubler le chant des oiseaux pour appeler quelqu’un ou envoyer des messages à tous; on est à l’abri des sollicitations commerciales comme de la publicité.

La Pommerie a été conçue pour que les familles – autant que les personnes seules – se sentent à l’aise et en sécurité avec leurs enfants, et qu’elles puissent apprécier une nature toujours riche et accueillante. C’est dans ces conditions que s’épanouit la créativité et que s’entretient la réflexion sur le mode de vie unique que partagent les naturistes.

Historique

Par Michel Vaïs

La Pommerie a été fondée en 1976 par un vétérinaire d’origine française, Jean-Marcel Boucher. Il a donné à ce vaste verger entouré d’érablières le nom de la propriété qu’il possédait jusque-là sur l’Île-d’Orléans. Directeur de l’UNICEF au Québec, puis, travaillant pour Agriculture Canada, cet ancien haut fonctionnaire, qui avait aussi roulé sa bosse en Afrique où il fonda pour l’ACDI le collège polytechnique universitaire d’Abomey-Calavi au Dahomey (Bénin), a dès lors obstinément passé ses étés à donner forme au magnifique projet dont il avait rêvé. C’était un homme de vision, de cœur et de courage, opiniâtre, qui n’hésitait pas à travailler tard le soir ou dès l’aube pour nettoyer les blocs sanitaires ou vider les poubelles : il n’y a pas de sot métier, disait-il. L’âme de la Pommerie, c’était lui. Écologiste avant tout et guidé par un sens aigu de l’esthétique, il étonnait les inspecteurs des campings en aménageant un vaste espace vide – interdit aux voitures – uniquement pour offrir une vue imprenable sur les vieilles maisons de ferme restaurées.

Jean-Marcel savait heureusement s’entourer de bénévoles. En nommer quelques uns renvoie à des foules de souvenirs heureux qui constituent autant de pages de l’histoire de la Pommerie. Dès le début, voire, pendant l’été de la pré-ouverture de 1975, Raymond, Denise, le sculpteur Jean-Yves, Monique, Louis, Micheline et bien d’autres étaient là pour retaper les anciens bâtiments de la ferme qui allaient devenir le  » village « , les transformer en resto, en p’tit café (l’actuelle Auberge), en centre communautaire. Guidés par le projet de faire de ce lieu une oasis pour naturistes, on creuse une piscine, on s’installe un peu partout entre les quelque 1200 pommiers, on défriche le boisé entre la piscine et le lac, qui s’appellera  » Les Cèdres « , on assèche des marécages, on arrache des roches pour monter des murets, on sème du gazon, on trace même une piste d’hébertisme dans le bois. Dès la première année, le jardin potager communautaire est aménagé. Parfois, les vaches de la ferme voisine l’envahissent… Puis, arrive Françoise Giresse, qui devient la fidèle compagne de Jean-Marcel. Elle se lance dans l’aménagement de rocailles de fleurs, soutenue par l’infatigable Pierre Montpetit (appelé de ce fait Pierre-de-la-Rocaille), expert en murets secs, c’est-à-dire, sans le moindre mortier.

Pour sa part, dès 1976, Michel Vaïs avec Jany Hogue, installe une caravane dans le verger, où l’aménagement était facile. C’était dans les MacIntosh (qui allaient être suivis par les Lobos et les Melbas cinq ans plus tard). L’année suivante, inspirés par les défricheurs du quartier des Cèdres, ils déménagent sur un terrain ingrat mais orienté plein sud, où régnaient les ronces et les roches, et où 23 arbres ont dû être plantés pour s’isoler du chemin. D’autres campeurs avaient des équipements plus rustiques : les tentes et les tentes roulottes étaient nombreuses. Un membre, a cependant suscité la curiosité en aménageant une grande bulle gonflable en face de la piscine. On y entrait par un sas.

La Pommerie bourdonnait déjà d’activité. Roland a organisé les systèmes de téléphones, de son, de cinéma (on lui doit la disco, ou Salle Cosmos) ; Guy  » Les Oiseaux  » proposait des promenades d’observation à l’aube et présentait des diaporamas accompagnés d’enregistrements sonores à partir de ses découvertes ; André Morency s’occupait de la boutique Cannelle, où l’on trouvait entre autres les vêtements de Catherine. Chaque saison débutait par un défilé de ses créations. Jean-Marcel, toujours amoureux des bêtes, avait aménagé une  » mini-ferme  » où lapins et volaille faisaient la joie des enfants. Un été, les chèvres de la fromagerie le Ruban Bleu de Saint-Isidore ont passé leurs vacances d’été à  » nettoyer  » le terrain où allaient être aménagés les tennis. Chaque fin de saison, avec le  » Marché des habitants « , revenait l’épluchette de blé d’Inde dans l’ancienne cabane à sucre, loin au bout de la carrière de gravier. Jean-Marc Charron en était le grand animateur. Dès la première année, Gilles Beauchamp et Roxane ont construit un four à pain. C’est Robert, médecin de son état, qui a passé toute une semaine à agir comme manœuvre pour préparer le mortier, incognito…

C’était l’époque où l’on faisait venir des spécialistes des plantes sauvages et des mycologues de la SAJIB (Société d’animation du Jardin et de l’Institut botaniques de Montréal) pour nous initier à la flore de la Pommerie. Les cueillettes se terminaient par des expositions et de délicieux repas aux champignons sauvages.

Comment ne pas évoquer le restaurant ? Si plusieurs cuisiniers se sont succédés (Marco et Suzanne, Denis et ses enfants, Thérèse, Nicole et Marcel…), le plus mémorable fut sans doute Bruno. Pendant que sa fille et son gendre – Michèle et Michel – tenaient le dépanneur, ce restaurateur, ancien propriétaire d’un restaurant parisien fort connu mettant en valeur la cuisine de sa région – Toulouse -, réussissait à offrir des plats si élaborés que des amateurs de fine cuisine faisaient le voyage de Montréal le samedi soir pour venir se régaler, quittes à ajouter les frais d’entrée au prix – très raisonnable – du menu.

En 1977, avec France et Daniel (photographe exceptionnel), Michel Vaïs a réuni une douzaine de personnes intéressées à participer à des activités naturistes urbaines, pendant l’hiver. Ce fut l’origine de la Fédération québécoise de naturisme, avec laquelle on a pu dès 1979 organiser des soirées sportives au cégep de Maisonneuve, et même un premier voyage d’hiver en Guadeloupe. Un bulletin de liaison a permis d’entretenir une communication entre les membres. La FQN a vite été reconnue par le Regroupement Loisir Québec, qui l’a accueillie au Stade Olympique (où elle loge toujours), et par la Fédération naturiste internationale. Plusieurs stands de la FQN dans des salons (du Camping, du Loisir, de la Jeunesse, de l’Âge d’or…) ont permis à des douzaines de bénévoles de faire la promotion des centres naturistes, dont naturellement la Pommerie. Les relations de la FQN avec les médias ont amplifié cette nouvelle visibilité. Une plaque blanche discrète, sur un des poteaux extérieurs de l’Auberge, signale le lieu où fut fondée la Fédération. Sept ans après la FQN, ce fut la fondation de la FCN (Federation of Canadian Naturists), qui a organisé le Festival naturiste canadien à la Pommerie en 2005, 2006 et 2007.

En juillet 1978, une journaliste et écrivaine de renom fait la une du magazine L’actualité avec son article  » Les ghettos du soleil « , qui donne aux lecteurs une irrépressible envie de (se) découvrir (à) la Pommerie. Bien d’autres journalistes, tel Pierre Foglia, ont par la suite répondu à notre invitation de nous rendre visite. Sans compter les personnalités qui viennent sans tambour ni trompette et dont il importe de conserver l’anonymat. Ainsi, au cours des ans, j’ai pu jouer au volley-ball avec un célèbre chanteur populaire, croiser un journaliste de la télé – devenu député – ou discuter sous la douche avec une comédienne bien connue.

Une nouvelle étape

La Pommerie a été vendue en 1995 à une quinzaine de membres. Plus tard, Gilles Beauchamp est devenu le principal propriétaire, rachetant les parts des autres. Les années de transition furent cruciales. Malgré des saisons difficiles et déficitaires, il fallait assurer les membres qu’ils conserveraient leur petit coin de paradis, La plantation du vignoble à la nouvelle limite de la Pommerie, orchestrée par Gilles peu de temps avant la vente, constituait un acte de foi en l’avenir. L’arrivée des chevaux de quelques membres, puis ceux de Gilles Provencher, ont aussi animé un terrain derrière le vignoble, tout en offrant à tous un point d’intérêt et une nouvelle activité. Saluons quelques autres noms incontournables dans l’histoire de la Pommerie : Jacques, Louise et Yvon pour leur courage et leur énergie dans les moments de doute ; Denis et Pierre-Yves pour l’aménagement de la salle de billard (là où auparavant nichait le restaurant) et la construction des chalets ; Louise, Claire (dont une rue porte le nom) et Caro pour leur dévouement comme directrices ; Louis-Roland Lavallée pour son organisation des loisirs…

Il faut mentionner d’autres incontournables qui ont fait de la Pommerie ce qu’elle est devenue : autant de membres fidèles qui ont teinté les activités de leur forte présence. La massothérapeute Carole, puis relevée par la suite par Diane, et leurs adjointes de la boutique santé ; Normand Marchand, responsable de la balle molle, Diane, prêtresse du tennis, Jean Lafontaine pour la direction du volley-ball, Denis Rousseau pour son travail sur le site Internet depuis plusieurs années, Donald (l’inventeur d’une plaque de cuisson fort populaire) et Arthur (doyen de la Pommerie, à la voix de stentor), Maurice Grenier, Réjean, Françoise pour le  » Neuronanu « , les piliers de la pétanque, Louis pour l’informatisation du centre naturiste, les systèmes de son, la construction, le dépannage, les réparations, Internet sans fil et l’initiative de la première yourte, et combien d’autres ont marqué la Pommerie par leur participation soutenue à la vie communautaire ! Cinq ont d’ailleurs reçu de Gilles Beauchamp une médaille d’or pour leur contribution exceptionnelle : Maurice Grenier, Michel Vaïs, Jean Lafontaine, Louis, Denis Rousseau.

Au cours des années, avec le vieillissement des baby boomers, les tentes et les tipis ont été remplacés par des caravanes plus grandes et confortables. Des bébés sont devenus des parents, des parents sont devenus des grands-parents. Au coiffeur Maurice Lalonde a succédé son fils Denis, qui figurait sur le logo de la Pommerie, au cœur de la pomme, avec son fils Vincent. Le nouveau quartier du Boisé a été aménagé en 1995, une salle de billard a remplacé le premier resto et la maison du dépanneur, sous le dortoir, est devenue la salle de traitement et de dégustation des vins. Les piscines sont maintenant plus écologiques, à l’eau salée. Gilles Provencher a créé l’Apéro musical, les rocailles de Françoise sont prises en main par des dizaines de bénévoles passionnés sous la férule de Marielle. Des douzaines de pommiers ont été adoptés par des membres. On a construit des tonnelles sur la terrasse du resto, puis entre les piscines. L’herbe longue un peu partout est devenue du gazon. La crise du verglas, qui a jeté par terre plus de 10 000 arbres, a été vite  » digérée  » grâce à huit jours de corvée par les membres (le nombre de bénévoles a oscillé entre 25 et 68 au cours de ces corvées). Jeanne et Jean-Pierre, qui ont participé à toutes ces corvées, ont, depuis 15 ans, passé quelques milliers d’heures à abattre, débiter, fendre et corder le bois.

Comment ne pas souligner aussi la chorale animée par France, les nombreux concours de châteaux de sable de Carole, les feux d’artifice des délicieuses, les beach-party de Robert, les billards de Claudette et Mathilde, les chasses au trésor, les soirées d’halloween, les rallyes et les méchouis d’agneau, d’autruche, de cochon de lait et autres sangliers qui ont animé nos fêtes gauloises ou médiévales. Gilles Bouchard y excellait en chef cuisinier et orchestrateur de la boustifaille, avec l’aide de Bernard et d’Yvon dit le Vulcain, qui alimentait les feux de cuisson. Avec eux, le plaisir reste toujours au rendez-vous.

Enfin, parmi les nouveautés à la Pommerie, notons qu’elle loge maintenant le Centre de documentation et d’archives mis sur pied par Vincent Pigeon, avec l’appui de la Fondation naturiste du Québec. Ainsi, l’histoire continuera d’occuper une place dans un avenir qui s’annonce radieux.

Robert et Carole sont à préparer les olympiades de la Pommerie alors qu’une yourte annonce déjà une certaine évolution des premiers tee-pees.

Au travers de ses 40 ans d’histoire, la Pommerie demeure aujourd’hui un lieu vibrant et innovateur qui cultive un environnement humain des plus agréables. La Pommerie, un des plus beau centre naturiste en Amérique, se distingue encore aujourd’hui par sa constante recherche de qualité de vie basée sur l’échange, le respect et le contact avec la nature. Tout comme au premier jour, l’implication de ses membres en est son coeur. La Pommerie vous invite donc à poursuivre la tradition en en faisant un lieu de d’expression et d’épanouissement ou chacun y contribue à sa manière pour en faire un meilleur lieu de vie pour soi et pour les autres, … à moins d’une heure de la ville de Montréal. »

(Mars 2010)